Des mots, que des mots éparpillés-LA !

DES AMOURS

Je t'aime et t'aimerai Chaque jour un peu plus. Et crois que je voudrais Le pouvoir encore plus. Car le prouver, c'est dit Et si c'est à redire
Chaque jour d'une vie : C'est tout mon devenir.
Je t'aime, mais les mots Sont bien insuffisants
A persuader les sots
Que nous sommes amants, Sans arrière pensée,
Sans avenir précis,
Sans raison calculée,
Au hasard de nos vies.
Tu demandes parfois
Avec ingénuité,
Si cet amour pour toi
Peut se perpétuer ?
Viens donc plus près de moi Et je vais t'expliquer
Du bout de mes dix doigts Ce qu'est la vérité ...

P. CHASSAGNY, LE PECQ, Mai 1975

LA FANFARONNE

Lorsque tu étais petite
Tu n'aimais pas les dominos Mes tes camarades bien vite T'embrassèrent sous le piano
Ce brave instrument de musique Fut le témoin très impuissant Des débordements méthodiques Qui préludèrent à tes seize ans.
Ne fais pas la fanfaronne
Ne te vantes pas ma mignonne Un jour viendra qui t'apprendra Que les parents n'aiment pas ça.
Tu dis que tous tes amants
Sont à tes genoux pleurant
Et que pour les relever
Tu n'aimes pas à te baisser
Un jour que ton âme en peine Se trouvera écroulée
Au pied d'un beau gars sans haine Tu seras seule et affolée
Ne fais pas la fanfaronne
Ne te vantes pas ma mignonne Un jour viendra qui t'apprendra Que les amants n'aiment pas ça.
Si d'aventure tu te proposes De convoler en justes noces Retrouveras-tu dans les roses Trace de ta vertu véloce Étonné par ta foi experte Ton mari sentira pousser
Sur son cuir des cornes alertes Et ne pourra te pardonner
Ne fais pas la fanfaronne
Ne te vantes pas ma mignonne Un jour viendra qui t'apprendra Que les maris n'aiment pas ça.
Oui. La vie n'est pas un roman On ne sait pas de quoi demain
Est fait. Ne perdons pas de temps Et ne soyons pas trop chagrin
Tes yeux sont doux, ta bouche tendre Peut être au fond as-tu raison De nous prodiguer sans attendre La fureur de ton jupon.
Ne fais pas la fanfaronne
Ne te vantes pas ma mignonne Un jour viendra qui t'apprendra Que peut être moi j'aime ça.

P. CHASSAGNY PLATEAU D'ASSY, Janvier 1955

LA CORDE POUR ME PENDRE ...
On est venu chercher
Le prisonnier du roi
Le mener au gibet
Comme un sans foi ni loi Bonnes gens écoutez
Pourquoi il marche droit Je peux vous le conter
Le prisonnier c'est moi ...
Ma belle si je meurs Je n'oublierai jamais
Ni tes cris, ni tes pleurs Ni ton sein si douillet Et les tambours battant Endeuillés de draps noirs Qui claque dans le vent Emportent mon espoir
Repensant mes amours Ardentes ou cachées Je me souviens du jour Que tu as éclairé
De tes caresses tendres Du soir et du matin
Et ce que l'on va pendre C'est ton rire mutin
Les gardes qui m'entourent En quittant la prison
Savent que leurs tambours Font battre à l'unisson
Et mon coeur et le tien Belle de mes vingt ans
Et que de tous mes liens C'est bien le moins cassant
Le bourreau m'a promis Une corde très douce Et puis solide aussi
Grosse comme le pouce De façon que mon âme A coup sûr libérée
S'envole vers sa dame Au clair matin d'été
Tout ça pour avoir pris La maitresse du roi
Avoir été surpris
Dieu seul Sait pourquoi Manants, si m'en croyez Ne faites comme moi Des filles peuvent aimer Qui ne sont pas au roi

 
PH. CH.

 

LES CHIENS FIDELES

Ma mère m'avait toujours bien dit De me méfier parc'que la vie Etait chose très difficile
Remplie de pièges et de périls Mon père lui ne me disait rien
Je sais qu'il n'en pensait pas moins Et qu'il se demandait déjà Si je saurai ou n'saurai pas.
Qu'il n'y a qu'les chiens pour et'fidel's Et encore quand ils sont de chasse Il ne faut pas qu'un lapin passe
Ou bien ils s'en iront comme elles •••
Après avoir été enfant
Heureux bien sûr, tout autant Que je le fus adolescent
Plein de vie, d'amour et de sang je suis un très malheureux homme Beaucoup plus pauvre et triste en somme Que malhonnête ou que méchant Et je le sais, je sais pourtant
Qu'il n'y a qu'les chiens pour et'fidel's Et encore quand ils sont de chasse Il ne faut pas qu'un lapin passe
Ou bien ils s'en iront comme elles ...
Pourtant je suis certain d'aimer Je suis sûr de pouvoir donner
Des tas de choses qu'elle n'a plus (que d'ailleurs je n'ai pas non plus Pour les avoir il faut être deux ... Deux amants, et deux amoureux
Malheureusement, c'est du rêve ... Et l'on sait quand le jour se lève.
Qu'il n'y a que les chiens pour et'fidel's Et encore quand ils sont de chasse Il ne faut pas qu'un lapin passe
Ou bien ils s'en iront comme elles ...

20 Janvier 1966 cc o si ci lui dudsu(P.CH)

LE TEMPS GACHE
Depuis que tu m'as dit Sans pleur et sans façon Que tout était fini
Du jour au lendemain Je promène sans fin Ma pauvre passion
Qui se meurt de chagrin Et qui perd ma raison.
Les quais de ce Paris Que chantent les poètes Sont noyés sous la pluie Qui lave leurs pavés Et coule sur mon nez Aussi triste que bête Larmes du temps gaché Qui me vrille la tête.
La rue de notre amour Qui longeait la prison J'y pense tous les jours Et comprends maintenant Que ce mur inquiétant Se venge à sa façon
Négligeant mon tourment En restant de béton.
Des cafés y en a trop
Mais pour moi y en a qu'un C'est ce petit bistrot Dans lequel chaque soir Je pouvais te revoir Sans peur du lendemain Et t'aimer dans le noir En te tenant la main.
Et le petit hôtel
Tout au fond de l'impasse Que je trouvais si belle
Au milieu de nos joies
Je le vois cette fois
Plus glaçant que la glace Plus lugubre sans toi
Que tout ce temps qui passe.
Si demain tu reviens Si demain je revois
Ta main serrer ma main Et tes yeux me sourire Un vaste éclat de rire Ebranlera les toits Et je pourrai mourir De bonheur cette fois.


PLATEAU D'ASSY, Mai 1956 Cic P. CH.

PARLEZ MOI......

C'est gentil de m'avoir invité à diner
Ce soir j'étais tout seul et n'étais pas bien gai
Et c'est mignon ici
Et pas trop à l'étroit
Faut bien pousser le lit Pour s'attabler à trois ...
Alors comment ça va ? Vous deux, les amoureux ? Toujours pas contractés ? Toujours pas malheureux ? Faut dire que dans c'coin là C'est bien tranquille en fait Et se faire du tracas
A quoi ça sert ? Pas vrai ?
Mais parlez moi donc d'elle !!
Au lieu de m'écouter Raconter des bêtises Pour me sauver la mise Et pour ne pas pleurer Sur cette ritournelle ... Et pour ne pas pleurer
Oui, parlez-moi donc d'elle I:
Si je suis venu seul, vous savez bien pourquoi Cette garce est partie, pour de bon cette fois Peut être dans le fond
Avez-vous bien raison
De vous taire là-dessus
Même si je n'en dors plus
On a du pot des fois Il fait beau cette année On va pouvoir aller dimanche se balader On ira à Marly
Voir tourner la machine
On ira - Moi, j'irai 
Bien sûr, sans la gamine ...
J'ai cassé la pendule, qui sonnait chaque fois Un peu plus de malheur et un peu moins de joie Après tout, ça fait rien
Y en a bien d'autres qu'elle
Au coin de mes chemins ...
Et peut-être plus belles ?
- Peut-être que demain les copains au boulot Vont rigoler de moi, en sachant, les salauds ? -Mais j'm'en moque après tout
Car moi j'ai eu de la chance
De l'aimer comme un fou
Un mois de mes vacances ...
LE VESINET, Novembre 1964

Y A DES FOIS ...
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Sans savoir ni comment, ni pourquoi ...
Un beau jour sans façon On rencontre une fille Et sans plus de raisons
On voit des yeux qui brillent
Alors on tend les bras Alors on joint des mains Alors on crie tout bas Alors on part très loin.
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Et qui n'en finissent pas
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Sans savoir ni comment, ni pourquoi ...
Un sourire moqueur
Ou un rire aux éclats
Deux battements de coeur Quand on entend sa voix Alors ne cherche pas
Pourquoi tu oublies tout
Alors ne comprends pas
Viens tout près, aimons-nous.
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Et qui ne finissent pas
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Sans savoir ni comment, ni pourquoi ...
Quand le rêve est joli Faut pas se réveiller Et de jour et de nuit De caresses en baisers De paresses en plaisirs Que tu ne connais pas De prouesses en désirs Qui renaît chaque fois.
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Et qui ne finissent pas.
Y a des fois des amours qui commencent ici-bas Et qui ne finissent pas.

Avril 1958 P. CHASSAGNY

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